"Ma classe" à la maison

lundi 9 mars 2020
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Suite à la fermeture des écoles pour cause de coronavirus, le ministère met à disposition des équipes enseignantes et des familles une plateforme en ligne intitulée « Ma classe à la maison ». Une plateforme qui assure une continuité « scolaire » mais pas pédagogique et qui n’est pas sans poser un certain nombre de questions.

Equipes enseignantes et familles sont appelées à se rendre sur la plateforme en ligne du CNED munies de leur adresse professionnelle pour les premières et personnelle pour les autres afin de découvrir et utiliser des activités permettant d’assurer une continuité scolaire à la maison. 

Ma classe à la maison kesaco ?

Huit cours sont disponibles de la grande section de maternelle au CM2. Chaque cours propose des modules d’activités pour une durée de quatre semaines. Un cahier de bord «  organise le travail de l’élève sur la journée et propose des renvois vers un recueil de documents, des entraînements en ligne, et des livres numériques. » Celui-ci prend la forme d’un cahier d’exercices et d’activités, coloré, richement illustré, globalement assez attractif qui n’est pas sans rappeler les cahiers de vacances.

Chaque cahier hebdomadaire est décliné en huit ateliers, à réaliser par demi-journée. Sont disponibles, pour chaque niveau, un formulaire de présentation et un fichier avec des annexes. Des consignes destinées aux familles sont également présentes pour accompagner les élèves. A partir du CE2, des activités interactives sont proposées. Les activités proposées sur cette plateforme couvrent l’ensemble des disciplines des programmes.

Le module « classe virtuelles » destiné à maintenir le lien entre les professeurs et les élèves et entre camarades de classe n’est ouvert que dans les académies ciblées par le ministère. Cette restriction ne permet pas aux personnels de découvrir l’application en amont d’une éventuelle fermeture d’école et implique une appropriation par les personnels en urgence.

Des écueils et des manques

Les outils proposés ne sont pas adaptables, pas de différentiation possible ni d’adaptation aux élèves à besoins éducatifs particuliers. Les progressions sont « théoriques » et ne s’inscrivent évidemment pas dans les progressions et projets en cours de la classe. Quant aux activités d’entraînement, elles peuvent mettre en difficulté les élèves qui se retrouvent confrontés à des notions non encore découvertes en classe ou insuffisamment maîtrisées.

A l’heure de l’instruction obligatoire à trois ans, aucun module n’est proposé pour les petites et moyennes sections de maternelle. Des suggestions de jeux, d’activités motrices sans être consignées dans un cahier auraient pu être proposées. Quant à la grande section, de nombreuses activités visent des acquisitions expertes comme la copie en écriture cursive, des dénombrements au-delà de 10, l’identification des faces et arrêtes des solides, des compétences plutôt maîtrisées en fin d’année.

Une continuité scolaire mais pas pédagogique

Si cette plateforme permet d’assurer une continuité scolaire, la continuité pédagogique peut-elle être assurée hors la classe ? Rien n’est moins sûr tant elle est dépendante des grandes disparités des réalités sociales et culturelles des familles et de leur rapport à la culture scolaire.
Face à une situation exceptionnelle, ne serait-il pas plus profitable pour les enfants et leurs familles, dans un contexte sanitaire qui peut être anxiogène, de mettre entre parenthèses le temps de l’école ?

Ce dispositif « Ma classe à la maison » se confronte à la problématique générale de la « fracture numérique. Il suppose un équipement informatique complet, la possibilité d’imprimer, une connexion haut débit pour les activités interactives et un espace de travail propice à la concentration de l’enfant. Les livrets ne devraient-ils pas être imprimés par l’institution pour être mis à disposition des familles ?
Autre obstacle, ce dispositif suppose une bonne maîtrise du français écrit et d’être en connivence avec les codes de l’école. Aucune consigne n’est disponible sous forme orale ou en dans d’autres langues pour les parents non lecteurs.
Le déroulé des activités suppose la présence d’un tuteur et pose la question à la fois de la disponibilité mais aussi de la maîtrise des consignes qui lui sont données.
Si cette plateforme a le mérite d’exister, elle n’est pas sans poser des questions sur la possible substitution des experts pédagogiques que sont les enseignants et les enseignantes. Substitution qui serait évidemment un leurre car le repérage de ce qui fait obstacle aux apprentissages relève bien de l’expertise des professionnels.


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