Professeurs des écoles déclassés

lundi 29 octobre 2012
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Les documents remis par la direction générale de l’administration et de la fonction publique mettent en évidence un réel déclassement des professeurs des écoles : décrochage des rémunérations, retour à la catégorie des professions intermédiaires, carrières inachevées...

La direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) vient de rendre publique une série de données statistiques pour servir de base aux discussions salariales qui s’engagent dans la fonction publique. On y observe que les politiques salariales menées depuis 2000 ont favorisé le développement des primes et indemnités au détriment de la progression indiciaire. Dans de nombreux secteurs, cela a pu amortir l’absence de hausse des salaires. Mais ceci a eu pour conséquence de maintenir l’ensemble de la rémunération des professeurs des écoles en bas de l’échelle de la fonction publique.
Aujourd’hui un professeur des écoles débute à 1 660 euros net, gagne 2 132 euros en milieu de carrière et termine à 2 531 euros. Et en fin de carrière, près de 60 % des professeurs d’écoles partant en retraite n’ont pas atteint l’indice terminal (11ème échelon).

Quelques éléments de comparaison

L’état des rémunérations en milieu de carrière met en évidence un fort décrochage des professeurs d’école à l’intérieur de leur catégorie avec presque 600 euros de moins par rapport à un professeur certifié. Un écart qui se mesure aussi par rapport aux corps de catégorie B (secrétaires administratifs, techniciens contrôleurs ou gardiens de la paix) avec 200 euros de moins qu’un fonctionnaire de police par exemple.

heures suppprimes & indem.traitement indic. nettotal
cat.A Prof. certifiés et agrégés 235 € 243 € 2 242 € 2 720 €
Prof. des écoles 16 € 119 € 1 997 € 2 132 €
Prof. lycée professionnel 203 € 241 € 2 185 € 2 629 €
cat.B Pers. admin. & techniques 5 € 712 € 1 555 € 2 272 €
Police (gardiens, brigadiers…) 22 € 940 € 1 367 € 2 329 €

Un réel déclassement salarial

Ce déclassement est aussi entériné sur un plan symbolique. Aujourd’hui le corps des professeurs des écoles, de catégorie A, se trouve relégué dans la catégorie des « professions intermédiaires » du classement de l’INSEE, les corps des certifiés et agrégés restant quant à eux, dans la catégorie des « professions intellectuelles supérieures ». En effet, les salaires moyens ne sont plus regroupés aujourd’hui dans les documents ministériels par catégories statutaires (A, B et C), mais selon les PCS (professions et catégories socioprofessionnelles) de l’INSEE. Dans la fonction publique, les corps ou cadres d’emplois sont classés en catégories statutaires (ou hiérarchiques) selon le niveau de recrutement et les fonctions exercées. Ainsi aux corps de catégorie A correspondent les fonctions d’études générales, de conception et de direction, avec un recrutement de niveau licence. Aux corps de catégorie B correspondent des fonctions d’application, avec un recrutement de niveau bac. Enfin aux corps de catégorie C correspondent des fonctions d’exécution, avec un recrutement de niveau CAP-BEP.

Des différences dans toutes les composantes des rémunérations

La rémunération nette d’un agent comprend le traitement indiciaire, les indemnités et primes, ainsi que les heures supplémentaires. Or, et alors que tous les enseignants sont alignés sur une même grille indiciaire, le traitement indiciaire moyen des PE est inférieur à celui des deux autres corps. Plusieurs facteurs sont en cause. Le corps des PE est plus jeune. Mais on peut aussi observer dans le second degré un large accès à la hors classe qui fonctionne plutôt comme un échelon supplémentaire.
Concernant les primes, elles sont beaucoup plus utilisées en catégorie B, tandis que les heures supplémentaires bénéficient essentiellement aux enseignants du second degré.

Des carrières inachevées

Enfin, la réalité des rémunérations en fin de carrière est beaucoup moins idyllique que ce qui ressort des chiffres donnés par le ministère ou de ceux sur le salaire statutaire des enseignants repris par l’OCDE. En effet, très peu de professeurs des écoles terminent aujourd’hui leur carrière au dernier échelon de la hors classe (3,42 %) et une analyse des départs en retraite permet de se faire une idée assez précise de ce que gagne un enseignant des écoles en fin de carrière. Ainsi, si on ne prend en compte que les pensions liquidées pour ancienneté, indépendamment des autres départs comme celui des parents de 3 enfants, l’indice moyen des 6 derniers mois est de 660 (contre 734 pour un professeur certifié), ce qui correspond à un traitement mensuel net de 2 531 € (2 815 € pour un professeur certifié). Et pour mémoire : 17,85 % des professeurs des écoles partent en retraite au 11ème échelon, mais 59,2 % sans l’avoir atteint !
Vincent Peillon déclarait il y a quelques semaines qu’« il serait digne » de mieux payer les enseignants. Pour le SNUipp, ce ne serait que justice. Et il entend bien que le dossier de la revalorisation des professeurs d’école soit ouvert au plus vite.


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