Maternelle

mercredi 23 mars 2016
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MATERNELLE

Où en est-on ?


Le colloque national organisé le 24 novembre dernier par le SNUipp-FSU a été l’occasion d’interroger les nouveaux programmes de maternelle. À quelles conditions peuvent-ils constituer un nouvel élan pour le travail enseignant ? Éclairage à partir d’expériences fructueuses dans les écoles.

Un nouvel élan ?

Les nouveaux programmes de maternelle permettront-ils de donner un nouvel élan à la maternelle ? Même si les intégrer ne s’improvise pas, notamment quand les plans de formation continue restent aux abonnés absents et que le nombre d’élèves par classe trop élevé, le contexte y semble favorable. Ces textes font consensus. 79% des enseignants de maternelle les jugent satisfaisants comme l’indique une enquête réalisée par le SNUipp-FSU .

Parmi les chercheurs, associés à leur élaboration, nombreux sont ceux qui en soulignent la qualité pour leur domaine d’enseignement. En mathématiques, l’enseignant-chercheur Rémi Brissiaud trouve par exemple que l’accent mis sur la maîtrise des petits nombres « va dans le bon sens car il vaut mieux construire des relations entre les quantités dans ce domaine des dix premiers nombres plutôt que d’apprendre à compter-numéroter ».

Des propos similaires, tenus par des spécialistes d’autres matières, témoignent aussi d’une prise en compte de leurs travaux dans la rédaction de ces nouveaux textes. Les nouveaux programmes suggèrent de nouvelles pratiques professionnelles adaptées à l’âge des enfants, que ce soit dans l’apprentissage du langage, la compréhension des nombres, la place du jeu dans les classes ou encore le développement sensoriel. Le langage en particulier est au cœur des cinq domaines d’apprentissage. « Pour moi, il y a deux véritables nouveautés didactiques : l’écriture pour commencer à apprendre à lire, les essais d’écriture, et une autre approche du nombre, plus mathématique que culturelle et linguistique », estime l’Inspectrice générale Viviane Bouysse. « Dans les autres domaines, même s’il n’y a pas de changement majeur de contenus, il faut en profiter pour relire les pratiques, prévoir plus de progressivité dans les activités physiques notamment, éviter les activités en pointillés, la qualité supposant la quantité, redécouvrir les enjeux éducatifs et culturels d’activités qui se sont banalisées, comme les arts », ajoute-t-elle (lien).

Quand la recherche entre en action

À son arrivée à l’école maternelle Lapie à Bordeaux (Gironde) il y a quatre ans, Catherine Gerby a convaincu l’équipe d’engager une collaboration avec Véronique Boiron. Dans son ancienne école, elle travaillait déjà avec cette enseignante-chercheure en Sciences du langage de l’Espé d’Aquitaine. La lecture d’albums de littérature jeunesse est centrée sur la compréhension de l’implicite. Cela prend du temps de préparation, des rencontres régulières avec la chercheure pour des « apports théoriques, des échanges sur les pratiques et les activités des élèves ». Mais au final, chacun peut se « dégager de sa pratique pour l’interroger à plusieurs ». Les programmes parlent d’une école « bienveillante » mais « exigeante ». Ils s’appuient sur le principe d’éducabilité. Travailler les implicites, c’est aussi donner du temps aux enfants les plus éloignés des codes de l’école pour devenir élèves (lire ici).

Les nouveaux programmes invitent aussi à établir « un dialogue régulier et constructif entre enseignants et parents ». L’équipe de la maternelle Charles Perrault à Champigneulles (Meurthe-et- Moselle) est engagée dans une recherche-action sur cette relation décisive aux familles. Chaque parent est invité à tour de rôle à présenter son activité professionnelle aux élèves. « Nous avons fait le choix depuis deux ans de soigner la relation aux parents, des parents qui n’ont pas toujours une relation facile avec l’école », explique Laurent Schmitt, le directeur (lire ici). Les programmes aujourd’hui prônent une école qui accueille les enfants et leurs parents. « Dès l’accueil de l’enfant à l’école un dialogue régulier et constructif doit s’établir entre enseignants et parents ; il exige de la confiance et une information réciproques. » On sait bien que l’implication des parents dans l’école est aussi un levier de la réussite des élèves.

Se donner les moyens de réussir

On remarquera que ces deux initiatives ont débuté avant la mise en œuvre des nouveaux
 textes, les anticipant en quelque sorte. L’approche qu’elles suivent, formatrice, est bien loin
 de l’esprit des animations pédagogiques à travers lesquelles l’institution « explique » les programmes aux enseignants puis leur demande de « produire » en groupe et en catimini de quoi alimenter des plateformes numériques. La formation ne peut pas juste être« descendante » et injonctive (on vous redit le texte, maintenant à vos marques, prêts, produisez !), il faut aussi faire place à l’expérimentation, aider les équipes à construire leurs projets, dans la durée (on vous apporte de la connaissance, on vous suggère des pistes, maintenant réfléchissons ensemble et essayons). A Bordeaux, à Champigneulles, les enseignants développent de nouvelles formes de travail, positives pour la réussite des élèves. Alors, pourquoi ce qui est possible dans ces écoles ne deviendrait pas la norme ?

Le jeu en vaut la chandelle. La rénovation unifie la maternelle en un seul cycle, avec des programmes adaptés quand auparavant elle avait glissé sur une pente de « primarisation » avec une GS intégrée au cycle 2 (cycles mis en place en 1989 par L. Jospin). Il ne faudrait pas rater le virage. Pour cela, un certain nombre d’obstacles restent à lever. Celui de la formation et de l’accompagnement en rendant possible les interactions régulières enseignants-chercheurs ou enseignants-CPC. Mais il faut aussi du temps pour tout le travail d’élaboration, de mise en commun, de conception du carnet de suivi, s’approprier le bilan de fin de cycle, scolariser plus et mieux les moins de 3 ans. La question des 108 heures


et de la liberté des équipes d’en disposer selon leurs besoins est de nouveau posée. Sur le papier, les nouveaux programmes ouvrent de larges perspectives pour permettre un nouvel élan de l’école maternelle et des enseignants. Mais encore faut-il ne pas rester au milieu du gué, et se donner les moyens de le réussir.

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RIS MATERNELLE

Suite à ce colloque nous avons organisé une RIS maternelle au SNUipp-FSU79 le 02 décembre dernier, animée par Nadine Massonière conseillère pédagogique maternelle à Bordeaux, membre du SNUipp-FSU national et de la commission nationale maternelle du SNUipp-FSU, Fabienne Montmasson-Michel,SNUipp-FSU 79, PEMF en maternelle à Mougon et également enseignante-chercheuse en sociologie à l’Université de Poitiers et Isabelle GODEAU directrice de l’école maternlle Emile Zola à Niort, SNUipp-FSU 79, membre de la commission nationale maternelle du SNUipp-FSU.

Après un tour de table des interrogations de chacun (essentiellement autour du manque de formation sur les nouveaux programmes et la date tardive de parution des documents d’accompagnement), Fabienne a projeté et commenté des diapositives sur leur évolution historique depuis la création des écoles maternelle jusqu’à ceux de 2015.

Nadine Massonière nous a ensuite expliqué l’esprit de ces nouveaux programmes. Elle nous a donné quelques éléments bibliographiques dont vous retrouvez les références ci-dessous .



Audience auprès du DASEN


Le constat fait lors de cette RIS est que les équipes de pilotage ne connaissent pas toutes les tenants et les aboutissants de cette réforme et en ont une interprétation souvent toute personnelle. Leurs injonctions semblent quelquefois exagérées ( par exemple : interdiction totale d’utiliser des « fiches » de travail, interdiction de certaines situations d’apprentissage ou supports considérés comme trop systématiques ou didactiques) ou irréalisables (mettre en place un cahier de progrès pour février !). Nous avons donc demandé lors de notre audience avec le DASEN que les demandes et les formations soient au moins harmonisées au niveau du département.


Bibliographie / ressources :


site du pôle maternelle 33

André Ouzoulias

Marie Thérèse Zerbato – Poudou : Apprendre à écrire de la PS à la GS Retz

Mireille Brigaudiot : Langage et école maternelle

Francette Martin : Apprentissages mathématiques : jeux à l’école maternelle CRDP Aquitaine


http://www.snuipp.fr/Les-premieres-ressources-d

http://www.snuipp.fr/L-Universite-d-automne-2015-en

(dont une des vidéos a été citée en animation pédagogique de circonscription)


A noter, la parution dans les documents d’accompagnement la parution d’articles sur l’évalation à l’EM



I. Godeau et F. Montmasson-Michel pour le SNUipp-FSU79